En France, entre 1941 et 1946, vingt mille femmes appartenant à toutes les couches de la population et accusées, à tort ou à raison, d’avoir eu des relations « privilégiées » avec l’occupant allemand furent tondues en place publique devant des millions de badauds. Un phénomène marginal ? Non. Un événement historique majeur, encore aujourd’hui tabou, aux enjeux symboliques et politiques : ces actes expiatoires ont en effet été une manière de remettre la femme française à sa place (c’est-à-dire plus bas que terre), une occasion pour l’homme français de réaffirmer sa puissance virile (bien écornée après des années de soumission à l’envahisseur) et un moyen pour le peuple français de créer un grand élan national...
C’est pour tenter de saisir ce moment qui n’a presque jamais été raconté, ni par les femmes qui ont été tondues, ni par les hommes qui ont tondu, mais dont subsistent des traces immatérielles et inconscientes dans chacune de nos villes, que Périne Faivre a eu envie de se lancer dans une enquête à la fois historique et intime, sous la forme d’une procession dans les rues et les ruelles du Mans.
Devant de grandes silhouettes de papier collées à même les murs et accompagnés d’un piano à roulettes, cinq artistes emprunteront les langages du théâtre, de la musique et de la danse pour évoquer ces « boucs émissaires », pour parler de ces tontes devenues de lourds secrets de famille transmis de génération en génération, mais aussi de la mémoire perdue et de la nécessité de l’art, du désir et du féminisme, de ce qui nous relie à ce pan occulté d’un passé pas si lointain. Parce que l’histoire de ces tondues est notre histoire à tous et que l’Histoire, la grande, parfois, recommence...