Energeia. L’entropie créatrice de Théo Massoulier (Extrait)
(...) Au Théâtre des Quinconces, au Mans, Massoulier crée une atmosphère propice à revivre cette aventure du regard et de l’imagination. À l’orée d’une grande salle plongée dans une pénombre violacée où se détachent des étendues luminescentes, nous éprouvons le même contraste entre le vide obscur et des points de clarté que celui relevé par Sagan devant le pixel terrestre dans l’abîme cosmique. Ces étendues nous attirent et dévoilent, à l’approche, leur réalité grouillante. Paysages et créatures inconnus, hybrides, colorés, peuplent silencieusement ce qui apparait comme des fragments de monde, des échantillons d’une réalité fantasmagorique. Trois ensembles d’œuvres forment autant de zones de vie potentielle, ayant chacune leur spécificité ontologique. Les Crispr sont des figures zoomorphes aux longues pattes ondulées, êtres aveugles et instables dont l’anatomie composite et expansive traduit une puissance de vie saisissante, comme si l’ordre tentait à chaque instant de dompter le chaos. La série 5G réunit quatorze « micro paysages » colorés, chaque fois un assemblage métonymique de débris d’objets et de plantes séchées, que tente de déchiffrer, sans parvenir à le contenir, un verre dichroïque. Cette pièce d’optique réfléchissante et irisée concentre notre regard et nous rappelle combien les prothèses perceptives ont présidé de tous temps à l’élargissement de notre monde mais aussi que celles-ci n’épuisent pas la réalité et laissent toujours de l’inaperçu. Enfin, trois « bassins » rejouent les panoramas didactiques de marécages préhistoriques en présentant des portions en coupe d’un écosystème du futur : dans un entassement hétéroclite et saturé, des objets technologiques devenus rebuts s’agglomèrent à des restes végétaux, reconduisant la vaste chaîne de l’évolution génétique.(...)
Raphaële Jeune