L'ÉDITO DE LA SAISON 26-27
Ça commence par un programme de saison.
D’une seule et même saison qui s’étire sur près de dix mois. Une où l’on sème en même temps que l’on récolte. Un jardin sauvage, qu’on protègerait des changements de climat, de température. Un jardin où des pièces variées, d’horizons multiples, grandiraient les unes près des autres. Et puisqu’ici les saisons sont longues, c’est bien que le temps lui-même doit pouvoir s’étirer, c’est bien qu’il faut le prendre, ce temps, pour que tout pousse sans arrêt, sans limite, au-delà de nos attentes. Cette saison, nous avons invité un collectif d'auteurs.ices, La 33, à partager avec vous ce qui se vit et se traverse dans les théâtres.
Le théâtre, c’est d’abord décaler l’heure du repas, l’ordre des choses. Manger en rentrant ou sur le chemin, vite fait.
C’est être sûr·e d’arriver quelque part, autre part, de ressemblant ou de tout-à-fait inconnu. De s’y faire raconter des histoires, puisque lorsqu’on grandit il y a souvent, quand même, bien moins de personnes à qui l’on peut demander une histoire.
C’est comprendre qu’on peut s’y rendre aussi sans être obligé·e de voir des spectacles. Qu’on ne nous y demande rien. Qu’on peut y venir, comme on vient au CDI, au café, au centre commercial quand il pleut. Que c’est la maison des histoires, des secrets racontés dans les toilettes. C’est ne rien foutre, venir y sécher les cours, repartir, guetter voir si les autres y sont.
C’est se souvenir des premières fois qu’on y est entré·e. Ne plus savoir ce qui s’y jouait, garder seulement en mémoire les rendez-vous, les entractes. Les fauteuils sur lesquels on s’est assis·e jusqu’à ses dix-huit ans. Les fauteuils qui ont vu passer son appareil dentaire, sa première bière devant ses parents, sa première copine. Plus tard, y repenser dans les fauteuils d’autres salles, plus ou moins grandes, où se joueront des spectacles qui nous marqueront, nous éveilleront, d’autres devant lesquels on s’endormira.
C’est s’y faire raconter des histoires plus puissantes que celles du quotidien, d’autres au contraire qui nous traversent chaque jour et qu’on nous donne seulement à voir. Ce sont des histoires qui nous regardent, que nous regardons, un face-à-face dans lequel on se reconnaît parfois.
Des contes et des fables qui se rapprochent de nos vies, d’autres qui s’en éloignent ou les déforment.
C’est en sortir et être surpris·e qu’il fasse déjà noir. Savoir que son appartement n’est pas très loin, une quinzaine de minutes à pied, moins de dix si on prend le tramway. Décider quand même de marcher. Trouver que la ville est étrange, que ce n'est plus tout à fait celle qu'on a le souvenir d'avoir laissée. Reconnaître ce sentiment, où tout paraît teinté du spectacle auquel on vient d’assister. Et pour un moment, tout prend sens. Tout nous paraît augmenté. Ça ne dure jamais longtemps. Il faut chaque fois que tout reprenne, chaque fois que la nuit finisse et que la ville redevienne comme on la connaît. Se dire que ce n’est pas si grave. Qu’on pourra toujours y retourner.
C’est un conseil que l’on comprend dix ans après. Un chant dans une autre langue mais qui émeut pourtant. Un·e inconnu·e qui agace mais qui écoute aussi. Un nouveau chemin que l’on emprunte sur les conseils d’un·e voisin·e.
Un soir de match, d’élection, de fête nationale. Une bonne résolution un premier janvier. Un vieux boomer que l’on voudrait faire taire.
Un petit con que l’on voudrait faire taire. C’est tout ça, ou bien d’autres choses encore. Ce sera surtout ce qu’on voudra en faire, selon la manière dont on choisira de l’habiter.
La 33*
Pomme Ferron, Valentin Gicqueau, Apolline Gille-Malézé, Alexis Mullard et Sylvain Septours
*LA 33 est un groupe d’auteur·ices, diplômé·es en 2024 de l’ENSATT - École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre, en écriture dramatique. Porté·es par l’envie de travailler ensemble, ils et elles créent Le temps d’écrire, recueil de textes présenté en février 2026 au Carré Rouge.
LA 33 présentera une nouvelle version de leur travail, sous forme d’une lecture-spectacle, le mardi 6 octobre 2026 au Petit Théâtre des Quinconces.