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ARTS VISUELS

TEMPS FORTS

RELIQUA

SYLVAIN WAVRANT

DU 21 MARS AU 11 JUILLET 2026

Avec l’exposition RELIQUA, Sylvain Wavrant poursuit une recherche où se croisent Égypte antique, rites funéraires, hybridations et mémoire des disparu·es. Il y rend hommage aux figures qui ont marqué son parcours, tout en nous invitant à un questionnement ouvert : quelle place accordons-nous aujourd’hui au vivant, et que disent nos ruines de notre propre survie ?







©SNQE
Sylvain Wavrant © Justine Decroix
©SNQE
Sylvain Wavrant © Fred Margueron
Sylvain Wavrant © Fred Margueron

Imaginez un long voyage. Le type de voyage pour lequel le contenu d’une valise doit méticuleusement se préparer. Dans sa valise, voici ce que l’artiste Sylvain Wavrant a choisi de rassembler : des ciseaux, un scalpel, des bandelettes et de la cire d’abeille, de l’encens et de la myrrhe, de la résine de pin et de l’huile de genévrier. Mais aussi un ibis, un faucon, un crocodile et un scarabée. Un pilon, un mortier, et des pigments ocrés. Des amulettes et une peau de panthère.
Une balance, des plumes et de la poudre d’or.


Cet inventaire raconte beaucoup de l’exposition : la référence égyptienne s’y annonce omniprésente, ainsi que la dimension artisanale, associée au geste médical qui suture et répare. Entre cabinet de curiosités et atelier d’embaumement, l’artiste nous convie dans un laboratoire, où s’expérimentent les matières et se tissent de multiples liens entre les morts et les vivant·es, les animaux et les humains, les rituels ancestraux et les enjeux contemporains. Quant au titre, RELIQUA, il évoque en latin aussi bien ce qui reste que ceux qui restent, les traces des êtres disparu·es et les vivant·es qui s’en emparent pour écrire de nouvelles histoires.


Au fil des espaces de L’Espal, surgiront des figures marquantes, entre mythe et mystère : paré d’un masque de chacal, Sylvain Wavrant s’offre aux regards en Anubis contemporain, museau pointu et oreilles dressées, être hybride qui préside à la salle d’embaumement et règne sur les mondes souterrains. Ailleurs, un double de l’artiste apparaît en gisant embaumé, à base d’empreintes de cire et de bandelettes réalisées sur son propre corps, et assemblées au cours d’une performance, lors du vernissage de l’exposition. Autoportraits de l’artiste en alter, ces œuvres élaborent une mythologie individuelle1, en équilibre entre l’histoire ancienne du panthéon funéraire égyptien, l’autofiction théâtrale et l’histoire récente de deuils intimes. Ainsi, le sujet de Sylvain Wavrant n’est pas tant de faire une exposition sur la mort, que de mettre en œuvre la vie des disparu·es, leur insistance dans nos vies, leur présence et leur protection. Dans notre société contemporaine, la mort est vite escamotée : vecteur entre les deux mondes, l’artiste nous montre au contraire que les morts ont besoin de nous pour continuer à vivre, et que nous avons besoin d’eux pour exister pleinement.


Attentif à conserver et préserver, l’artiste poursuit également ses recherches autour de la taxidermie, engagées depuis 2013. Dans l’exposition, son bestiaire est tutélaire et protecteur, constitué de gardiens symboliques : pour autant, ces vigies naturalisées apparaissent ici en demande de soin. Chaque bandelette posée délicatement par l’artiste sur un plumage ou une fourrure porte en elle un geste de résistance à la longue histoire des extinctions. De même, sa collection d’écussons de chasse en bois, vidés de leurs trophées, dit à quel point il est urgent de dénoncer la pression anthropique intenable que subit notre environnement : avec cette galerie de fantômes, Sylvain Wavrant pointe l’absence à venir.


Enfin, l’artiste nous entraîne dans le monde des chimères, où chaque fragment se pense en relation avec l’Autre. La figure chimérique qu’il revisite ici se nomme Âmmout : elle est la gardienne qui interdit aux êtres néfastes l'accès de l'Au-delà, car lors de la pesée du cœur, elle a la charge de dévorer celui des défunt·es qui se sont mal conduit·es sur terre. Traditionnellement représentée avec la tête d'un crocodile, le corps et les pattes avant d'une panthère et l'arrière-train d'un hippopotame, elle représente la divinité composite par excellence. Pour Sylvain Wavrant, elle devient le symbole d’un corps pluriel capable de sonder les cœurs, quand s’annonce le dernier voyage.


Sur les murs, vous croiserez encore quelques papyrus et des roseaux fluets, des palmiers et de l’orge : tracés au fusain et graphite, ces végétaux rappellent l’A’aru égyptien, espace paradisiaque où la mort n’est qu’une transition vers une autre étape du voyage éternel. Pour planifier ce nouveau voyage, l’exposition dévoile le bagage idéal : riche d’ambre et d’or, emplie d’odeurs voluptueuses, cette valise momifiée est un hommage à la personne à laquelle elle appartenait, récemment disparue et très proche de l’artiste ; mais c’est aussi une offrande au public, pleine de promesses et d’interrogations. Peut-être la manière dont Sylvain Wavrant nous demande : « Et vous, que faites-vous de vos morts ?2 Et de quelles histoires remplirez-vous cette valise ?3 »

Eva Prouteau, critique d’art à l’invitation de l’artiste




Notes :
1 - L’expression est utilisée par l’historien Harald Szeemann en 1972, pour désigner les travaux dans lesquels les artistes explorent leur histoire personnelle en la fictionnalisant.

2 – Question empruntée à Sophie Calle, titre de son ouvrage publié chez Actes Sud en 2019.
3 – Cf Marcel Duchamp : « Tout ce que j'ai fait d'important pourrait tenir dans une petite valise ».







Infos pratiques

VERNISSAGE DE L'EXPOSITION RELIQUA 
SAM 21 MARS 18H30 ◆ L'ESPAL
SUIVI D'UN DJ SET 21H30 ◆ BRASSERIE SEPTANTE DEUX
AVEC CRÉATURE IZ BORNE (Louise Duigou) 


CETTE EXPOSITION EST PRODUITE PAR LA SCÈNE NATIONALE





  • Générique

    Critique d’art Éva Prouteau
    Stagiaire / assistanat Charlotte Mouroux
    Régie d’exposition Jean-Philippe Barrière, Yohan Chambonneau, Sacha Debarre, Adele Konig, Stéphane Lechat, Loïc Lemoine, Yann Le Mentec, Éric Minette, Paul-Émile Perreau, Damien Rault, Cyan Roussel-Peneau, Corentin Sauvêtre
    Bière Entre Deux Souffles, conçue pour l’exposition par La Brasserie Septante-Deux, Maxime Beuvier, Clovis Richard

    Cette exposition est dédiée à Margareta Nordin, Christina Nordin, Gérald Wavrant et toutes celles et ceux qui sont parti·es.



    Merci à
    Alexandre Dain, Éva Prouteau, Louise Duigou, Claire Rousier, Clément Durand, Corinne Meyniel, Marine Segond, Catherine Gobrecht, Christine Nivoche, Camille Auguste, Simon Sockeel, Charlotte Mouroux, Lola Guillain Lessieu, Alix Gallet, Le village de Savennières, TALM le Mans.

    Virginie Boccard pour sa confiance et l’ensemble des équipes de la Scène nationale du Mans  pour leur travail, leur écoute leur bienveillance, en particulier : Damien Rault, Julie Lecomte, Emma Cardonne, Camille Bodin, Éric Minette, David Boutin, Benjamin Chaumont, Juliette Chollet, Valérie Dieumegard, Céline Guinot, Fathi Laanaya, Jade Houdoin, Lucie Coquet, Luc Chavy, Céline Ménard-Paumier, Annabelle Nardeux-Benoist, Anastasia Vorobei, Élisa Robelin, Absynthe Plumas, Grégoire Buty, Julien Olivier-Pallud, Cyan Roussel-Peneau, Loïc Lemoine, Adele Konig, Jean-Philippe Barrière, Yohan Chambonneau, Stéphane Lechat, Yann Le Mentec, Corentin Sauvêtre, Sacha Debarre, Paul-Émile Perreau.

    La Brasserie Septante-Deux, Maxime Beuvier, Clovis Richard.


    Et tous·tes celles et ceux qui restent. 

Infos pratiques

VERNISSAGE DE L'EXPOSITION RELIQUA 
SAM 21 MARS 18H30 ◆ L'ESPAL
SUIVI D'UN DJ SET 21H30 ◆ BRASSERIE SEPTANTE DEUX
AVEC CRÉATURE IZ BORNE (Louise Duigou) 


CETTE EXPOSITION EST PRODUITE PAR LA SCÈNE NATIONALE